De chez toi l’Amérique à chez nous la planetMICE… parole à Stéphane Cygler, Get Americas

Quelle est la situation sanitaire dans votre pays ?
« En un mois, le coronavirus a mis 22 millions de personnes au chômage aux États-Unis. Pour bien se rendre compte de l’ampleur de la catastrophe, il suffit d’imaginer que cela représente l’équivalent de tous les emplois créés depuis dix ans qui a été détruit en quelques semaines.

L’économie Américaine a dû se mettre quasiment à l’arrêt. C’est un choc d’autant plus violent pour les salariés qui ont perdu leurs emplois, ils ont aussi perdu leur protection sociale payée par leurs employeurs ».

Comme DMC, comment gérez-vous cette période ?
« Comme beaucoup, nous n’avons rien vu venir. Une fois passée la stupeur, je reste persuadé que l’économie Américaine va réagir. L’Administration US a monté un plan historique d’aides financières aux entreprises. Notre agence GET AMERICAS est positionnée sur le marché MICE et la création d’expériences luxes pour les individuels, aussi nous travaillons très en amont sur les dossiers et nous sommes en attente pour des confirmations sur 2021. Nous restons dans l’expectative pour savoir dans quelle mesure nous serons impactés par la crise du Covid-19 en fonction des mesures prises quant à la reprise des évènements.

Depuis notre création en 2008, nous avons appris à coller aux demandes du marché sans s’adosser à des frais de structures trop importants. Nous devons gérer donc ce « vide » dans nos relations avec nos partenaires et nos clients (agences d’événements, de tourisme d’affaire, TO et agences de voyages).

Pour le moment, nous n’avons eu que des reports sur des dossiers planifiés ce printemps pour l’hiver 2020/2021. Nous devons être très attentifs sur notre santé financière pour la prochaine année tout en rationnalisant les contrats avec nos principaux partenaires hôteliers.

Par ailleurs, nous avons du temps pour anticiper la reprise en s’informant auprès des institutionnels du tourisme (Convention & Visitors Bureau), de U.S. Travel Association & Brand USA) et en créant de nouvelles visites avec notamment une journée sur le thème de l’architecture à New York ».

Comment voyez-vous la sortie de crise ?
« Toutes les prévisions sanitaires sont importantes, sauf que la plupart des prévisions sont contredites le lendemain et je pense que nous devons être prudents à cet égard et montrer des capacités d’adaptation.

Par rapport à l’Europe, ici, les cycles économiques sont bien plus marqués et la récession aux États-Unis est très spectaculaire et en même temps, ce qui va compter, c’est la force du redémarrage.

Comme dans le passé, les Américains mettent en place des mécanismes de relance rapide du business : aides aux entreprises (SBA, Small Business Administration), talents, énergie, esprit d’entreprise.

Les États-Unis ont une réelle capacité de rebond, avec une autonomie des 50 Etats. Leur force, c’est leur taille, leurs ressources… La situation sanitaire va d’ailleurs évoluer de façon très différente entre la Floride (où les plages viennent de rouvrir) et New York par exemple. Cela peut repartir très vite. Mais il est impossible aujourd’hui de savoir ce qu’il va se passer ».

Pensez-vous que cela change de façon durable le monde du MICE ?
« Il est paradoxal de constater que les villes américaines choisies sont toujours les mêmes (New York, San Francisco, Los Angeles, Las Vegas, Chicago, Miami alors que les briefs des agences portent à l’origine sur des villes « plus confidentielles », comme Portland, Seattle, New Orleans, Boston, Atlanta, Phoenix, Philadelphie ou encore San Antonio. Même si nous avons avant toute chose une activité de conseil, nous devons nous adapter aux demandes, sachant que depuis un certain temps, le marché du voyage incentive a évolué pour répondre à une quête de sens et d’expériences authentiques. L’idée est donc de croiser des parcours de vie et si possible des français expatriés au pays de l’Oncle Sam.

On imagine une évolution d’une tendance déjà observée avec des rencontres pro et voyages d’études mixés aux incentives avec au programme, des visites d’entreprises innovantes, de sites industriels, de centres de recherches… Ces voyages passent alors par des rencontres à fortes valeurs ajoutées (grands patrons, universitaires, sociologues, personnalités inspirantes). Les participants peuvent ainsi appréhender telle ou telle thématique, souvent liée à l’activité de leur entreprise. Ces voyages leur permettent de s’enrichir, d’échanger, de rapporter méthodes et bonnes pratiques.

Enfin de façon pragmatique, l’émergence croissante de telle ou telle destination est le plus souvent liée à son accessibilité, à l’ouverture de nouvelles dessertes aériennes directes depuis la France. Aussi en fonction du plan de reprise et d’ouvertures des destinations Américaines, certaines villes seront privilégiées.

A ce titre, la destination Miami devrait avoir un rebond bien plus rapide avant New York en fonction de l’état sanitaire au plus fort de la crise ».

À quoi ressemble la vie à New York, San Francisco, Miami, et Los Angeles ?
« Les États-Unis ont un système politique très différent de la France avec des États relativement autonomes, par rapport à l’autorité fédérale. Aussi, la situation sanitaire dans les 4 villes où Get Americas a ses bureaux voit des évolutions différentes.

  • New York : La situation sanitaire dans la mégalopole a fait des États-Unis, l’épicentre de la maladie dans le monde. Il est certain que la très forte concentration de la population à New York a favorisé le développement du virus.

Le 17 mars, la ville de New York comptait déjà plus de 2 000 cas positifs. Mais le gouverneur de l’État, Andrew Cuomo, et le maire de la ville, Bill de Blasio, réticents à fermer des écoles ou à émettre des mesures de confinement, ont tardé à faire de même. Au moment de la fermeture complète de la ville de New York le 22 mars, plus de 10 000 cas avaient été signalés. Aujourd’hui (27/04) on compte près de 12 000 décès pour 142 000 contaminations.

  • San Francisco fait office d’exception alors que le pays est ravagé par l’épidémie. Le nombre de cas recensés est aujourd’hui bien inférieur à celui d’autres métropoles américaines de même taille. Il est certain que la rapidité et l’agressivité des mesures prises par la maire London Breed contre la pandémie ont été exemplaires. Lorsqu’il a déclaré l’état d’urgence fin février, la ville n’avait aucun cas de coronavirus confirmé ! Plus d’un mois et demi après les premières mesures imposant la distanciation sociale, San Francisco ne compte que 20 décès pour 1231 cas confirmés. Les autorités sanitaires locales réfléchissent déjà à un plan de déconfinement partiel qui devrait avoir lieu dès le 04 mai.
  • Après des difficultés initiales à faire respecter les mesures de précautions contre le coronavirus, Miami voit ses rues désormais presque vides, alors que la ville a imposé un confinement obligatoire. Le Gouverneur de Floride De Santis avait été critiqué pour avoir permis aux étudiants du Spring Break de s’entasser sur les plages de Floride alors que le coronavirus se propageait à travers les États-Unis. Il a retardé au maximum l’arrêt des activités pour permettre à la 35ème édition de la Winter Music Conference (16/19 Mars) et la Miami Music Week de se dérouler (16/22 Mars), mais ces événements ont finalement été annulés.
    Les consignes de télétravail, de non-regroupement sont semblables à celles de la France. Il est demandé également d’éviter tout déplacement non-essentiel et de suivre scrupuleusement les consignes des gestes barrières, ainsi que le respect de la distance sociale – 2 mètres entre chaque personne. La fin du confinement à Miami est fixée au 03 Mai, même si les mesures sont très évolutives, avec à noter, la mise en place d’un couvre-feu à Miami de 22h à 05h. La Floride avait ce jour (27/04) près de 31 000 contaminations au Covid-19 et 1 055 morts (près de 11 000 contaminations pour 287 décès à Miami), mais pour le gouverneur Ron De Santis, la situation s’est améliorée. Au point qu’il vient d’inclure les activités « récréatives » dans les activités jugées essentielles et donc autorisées pendant la crise sanitaire. Cela autorise la marche, le vélo, la randonnée, la pêche, la course, la nage, s’occuper d’animaux de compagnie, le surf et la réouverture des plages !
  • La Californie et la ville de Los Angeles ont réagi très en amont de la pandémie, alors même que le gouvernement fédéral et une certaine presse traitaient toujours le virus comme une simple grippe. C’est la population elle-même qui a décidé de se confiner avant même que les ordres soient donnés. De ce fait, la population respecte scrupuleusement les gestes barrières. Les grandes surfaces ont par exemple établi un système de circulation à sens unique. Les clients attendent patiemment que l’allée devant eux soit vide avant de s’y engager. Tout cela contribue à donner un calme et une relative sérénité.
    Grâce à son étalement urbain et sa culture « du tout voiture » qui contribuent à isoler la population au quotidien, le Sud de la Californie a été pour le moment relativement épargné. Il n’y a donc pas un sentiment de panique immédiate. Après avoir recensé 913 décès pour 19 528 cas au 27/04, l’ordonnance d’urgence « Safer at Home » du Maire Eric Garcetti appelle les habitants de Los Angeles à rester dans leurs résidences et à limiter toutes les activités en dehors de leurs maisons au-delà de ce qui est absolument nécessaire pour les tâches essentielles jusqu’au 15 mai.

Il faut aussi noter que la côte Ouest a certainement bénéficié dès fin janvier des restrictions de voyages en provenance de la Chine imposées par l’administration Trump, alors que dans le même temps à New York, l’interdiction tardive des vols en provenance de l’Europe, n’est intervenue que le 11 mars ce qui a certainement contribué à augmenter de façon exponentielle les contaminations.

Enfin pour conclure, nous sommes encore plongés dans la crise sanitaire et on ne mesure pas vraiment les conséquences de la crise économique sur l’ensemble du pays. Il est certain que chacun des États Américains aura une évolution différente. On attend que les Gouverneurs et Maires des grandes villes communiquent plus clairement sur la planification des événements grands publics, signe du redémarrage des hôtels, restaurants et activités touristiques. On espère ainsi retrouver un semblant d’activité après cet été ».