De chez toi le Panama à chez nous la planetMICE… Parole à Arno Fournier – Quetzal Motivo

Quelle est la situation sanitaire dans votre pays ?
« Le Panama est très peu touché par le coronavirus (au jour d’aujourd’hui, 8783 cas et 252 décès, pour une population de 4.3 millions).

Le gouvernement a pris des mesures drastiques dès l’apparition des premiers cas : fermeture des écoles, des parcs, des centres sportifs, des restaurants et bars, bref de tous les lieux publics, sauf les supermarchés et pharmacies, où le port des masques est obligatoire et la concentration de personnes est contrôlée et limitée à l’entrée. Le confinement est strict à part pour les employés « essentiels ». Les hommes ont le droit de sortir les mardis et jeudis pendant 2h, les femmes les lundis, mercredis et vendredis pendant 2h aussi, pour achats alimentaires et de médicaments.

Le Panama réalise de nombreux tests au niveau national.

À vrai dire, la réaction rapide et efficace a plutôt étonné tout le monde, nous sommes généralement habitués à plus de désorganisation gouvernementale…

C’est le premier test d’envergure pour le gouvernement du président Nito Cortizo élu en juillet dernier, il faut avouer que la gestion de son administration est positive et efficace ».

Comme DMC, comment gérez-vous cette période ?
« La crise sanitaire et la fermeture des vols internationaux nous a frappé en pleine saison, nous venions de commencer un mois de mars chargé, duquel nous n’avons pu réaliser que les 2 premiers groupes.

Depuis, notre travail consiste à gérer les reports et annulations. Nous avons pour l’instant de la chance, seuls 2 groupes ont été purement annulés, la quasi-totalité de nos groupes a été reportée entre octobre 2020 et mai 2021.

Nous négocions donc au mieux les conditions de report, je dois dire que la grande majorité des prestataires panaméens jouent le jeu et sont très flexibles et conciliants à ce niveau.

Le décalage de trésorerie est important, mais nous gardons toujours des réserves sur nos résultats passés en cas de coup dur, donc nous tiendrons le coup…

Malheureusement, nous avons dû nous séparer de la moitié de nos chefs de projet, en attendant l’amélioration de la situation.

Mais cela s’est plutôt bien concilié, car plusieurs d’entre eux/elles rentraient chez eux pour être proches de leur famille au vu de la situation.

En attendant la reprise, nous suivons les nouvelles et l’évolution du marché, et réfléchissons à l’adaptation de nos programmes et services « post-covid ». »

Comment voyez-vous la sortie de crise ? 
« Elle va être progressive.

L’objectif premier : opérer nos groupes reportés dans de bonnes conditions pour que les clients continuent d’être satisfaits, et voient que nous sommes là pour eux, en faisant preuve de flexibilité et de professionnalisme comme d’habitude.

Ensuite… Il est quasiment certain que nos destinations long courrier (Panama, Costa Rica, Guatemala, Belize, Honduras, Nicaragua) vont être impactées sur le court terme.

Nous nous préparons à recevoir dans le futur proche des groupes moins gros, plus VIP, avec des exigences de programmes plus authentiques et éco-responsables.

Nous travaillons avec plusieurs nationalités (France, Belgique, USA, Canada, Allemagne, Hollande, Espagne, Italie, Pologne) donc nous ne sommes pas dépendants d’un seul marché ».

Pensez-vous que cela change de façon durable le monde du MICE ?
« Pour être honnête, je l’espère.

Je lis plusieurs analyses qui rejoignent la mienne, et que j’appelle de mes vœux.

Mon associé Hocine Boukhenaïssi et moi-même sommes dans une phase de notre vie professionnelle et personnelle où nous souhaitons voir plus de sens dans notre métier, et pas seulement des considérations financières.

Notre société humaine au 21ème siècle va être confrontée aux plus gros défis de son existence : crise climatique, inégalités sociales, arrivée en force de l’intelligence artificielle…

Je suis en ce moment un cours en ligne de l’Université de Cambridge en « Business sustainability », donc je suis en plein dans le sujet…

Espérons que le Covid-19 soit le déclencheur tant attendu d’une nouvelle direction collectivement prise par notre espèce.

Nous étions un peu fatigués des négociations budgétaires incessantes, 2-3 $ tirés sur tel forfait boissons, voire le paiement des boissons en direct par l’agence, le refus de payer des pourboires aux guides, le choix des menus premiers prix dans les restaurants, etc. Tous les prix disséqués pour réduire les coûts et maximiser le bénéfice, et ensuite sur place les agences et Tour Leaders pressionnent le DMC et ses prestataires car le programme « n’est pas assez incentive ».

Ce n’est bien sûr pas le cas de toutes les agences, mais c’est une tendance qui se retrouvait de plus en plus.

J’espère que les annonceurs et agences auront maintenant davantage une réflexion plus humaine, avec des beaux programmes portant sur le respect de la nature, la découverte de la culture locale et des échanges réels avec sa population, et une véritable implication sociale et environnementale (et pas une petite touche « RSE » par-ci par-là pour se donner bonne conscience et redorer l’image de la marque).

Personne ne peut prévoir précisément le post-coronavirus, mais à priori dans un futur proche les mesures sanitaires et de sécurité seront prépondérantes, les gros groupes ne seront plus à la mode, le long-courrier sera impacté, et l’authenticité et le respect de la nature seront plus recherchés ».

À quoi ressemble la vie au Panama ?
« Nous sommes désespérés de ne plus pouvoir profiter des beautés de ce pays, sa jungle luxuriante, sa faune extraordinaire, ses archipels et ses plages paradisiaques, sa culture festive…

Quelle ironie d’être « en prison » au paradis !

La population locale fait preuve dans l’ensemble de discipline et respecte les mesures de confinement.

En attendant, ma famille et moi nous travaillons à domicile (école en ligne pour les enfants), nous faisons beaucoup de sport (notre voisinage est distribué autour d’une longue rue sans issue, donc tous les voisins se promènent, nous avons la chance de vivre dans un quartier très vert), et la nature reprend ses droits. Nous voyons de nombreux toucans et autres oiseaux, iguanes, raton-laveurs, agutis, etc. dans les arbres en face de notre terrasse, où nous passons beaucoup de temps… La photo que je t’envoie montre d’ailleurs une petite perruche sauvage qui nous a adopté et nous rend visite tous les 2-3 jours, nous l’avons appelé « Virus ». Notre chat n’est pas content (en bas à gauche de la photo). »