Faisons un peu de prospective … MICE 2021 par Nicolas MARTY

Faisons un peu de prospective
Lorsque j’étais étudiant, un exercice m’a beaucoup marqué : réaliser de la prospective – ou imaginer le futur.
Je me suis « amusé » à réfléchir à deux scénarios au sujet de notre secteur d’activité : le MICE. Avant de vous livrer un scénario « pessimiste », je vous livre aujourd’hui un scénario « optimiste » : MICE 2021

La reprise est là !
Et elle est arrivée bien plus rapidement que prévue. La raison ? Un vaccin a été trouvé. De plus, les laboratoires pharmaceutiques ont décidé de l’offrir à tous les habitants de la planète sans distinction. Après une période de dépression liée au confinement, la confiance en l’avenir est à son maximum. Le « covid-boom » ou la naissance prévue de nombreux « bébés quarantaine » y est certainement aussi pour quelque chose.

Les chefs d’entreprises décident de rattraper le temps perdu en matière de voyages …
En effet, il faut remercier les clients qui sont restés fidèles, motiver les commerciaux à reprendre la route, former les équipes aux nouveaux produits, fédérer des collaborateurs souvent éprouvés et surtout éduquer et sensibiliser aux nouveaux comportements des consommateurs.

Car il n’est plus question de reprendre la vie où elle s’était arrêtée. A travers le monde, les leçons de la mondialisation à outrance et de la surconsommation ont été retenues. D’ailleurs, la dernière édition du Black Friday a été un flop.

De nouvelles solidarités sont nées, des territoires redécouverts.

Les « annonceurs » se tournent donc naturellement vers les agences d’événements et de voyages qui peuvent les accompagner. Ils y ont retrouvé des interlocuteurs passionnés qui de surcroit ont mis à profit ces semaines à la maison pour assister aux « Webinaires » proposés par les DMC et les « Offices de Tourisme ». Vivement le retour des FAMtrip qui ne seront plus décomptés des congés, chacun ayant conscience du caractère oh combien important de se former.

Ayant une connaissance plus pointue de l’offre MICE, les Chefs de projets et Directeurs commerciaux arrivent à mieux guider leurs clients. Le fait de savoir qu’ils sont aussi rémunérés pour répondre à un appel d’offre est une motivation supplémentaire.

C’est en effet le premier changement notable que l’on perçoit dans le monde du MICE 2.0.

Les annonceurs ont fini par comprendre, à la lumière de l’énergie déployer pour limiter les frais d’annulation et assurer les rapatriements de voyageurs pendant la crise, que la qualité tout comme le professionnalisme avaient un prix.

Des honoraires sont donc facturés, comme cela se fait depuis toujours avec les avocats, comptables et architectes entre autres. Le paiement de 100% de la prestation avant le départ est la norme. Plus aucune agence ne peut avancer de fonds, les trésoreries même des plus dans grands groupes sont exsangues. Évidemment, les DMC bénéficient eux aussi de cette rémunération.

Tous les acteurs sont aidés par une application enthousiaste de politiques RSE des entreprises vis à vis entre autres des prestataires du tourisme et de l’évènement. On parle d’ailleurs de « bienveillance COVID19 » dans tous les médias.

Sur le fond des critères de voyages, les décideurs et leurs services de communications s’orientent également de façon différente, le « jour d’après » …
La durée des séjours en Europe s’allonge … Après des semaines à devoir rester chez soi, les citoyens appréhendent le temps différemment. Un séjour de moins de cinq nuits n’a plus de sens. C’est la fin des city break : trop de pollution, trop de nuisance pour les centres villes, pas assez de temps pour le voyage. De plus, il faut aussi compter avec des durées de trajets plus longues du fait des contrôles sanitaires. Aussi, les prix des billets ont augmenté avec la diminution des sièges disponibles. Cependant l’offre et la demande ont évolué, donc, les tarifs restent raisonnables car les voyageurs « corporate » voyagent moins. Ils utilisent de plus en plus les rencontres virtuelles qui se sont professionnalisées.

Les briefs ne sont plus orientés vers « une capitale d’Europe », les grandes villes n’ont plus la côte. Il est devenu évident qu’il est nécessaire à la fois de laisser souffler les quartiers de « l’hyper-centre » mais aussi que cela n’a pas de sens de concentrer tous ces visiteurs au même endroit au même moment.  Les voyageurs sont avides de découvrir des villes et régions à taille humaine, moins fréquentées par les marques internationales et plus authentiques.

C’est le cas notamment de Hambourg (Allemagne), la Bohème (République Tchèque), les Carpates (Roumanie), la Galice (Espagne) …

Il est vrai que les objectifs des voyages ont changés …
Les touristes (le mot est redevenu « noble ») cherchent avant tout à rencontrer d’autres personnes, à s’enrichir d’expériences. On a donc banni des cahiers des charges les expressions « effet whaooooo », « activités uniques que les visiteurs ne pourraient pas faire par eux-mêmes ». Les ateliers, formations et autres séminaires avec comme sujet le « savoir-faire local » sont en plein boom. On apprend la cuisine, l’histoire, la religion, l’architecture et l’aménagement du temps et de l’espace, on participe à la vie locale à travers des projets structurant avec les écoles, les hôpitaux, les maisons de retraites, des pays que l’on visite. Des réseaux comme le CJD ou l’APE sont mis à contribution pour diffuser leurs formations autour de la réflexion, de l’expérimentation, de l’engagement et du développement.

Enfin, la plupart des séminaires et congrès ont basculé dans le virtuel. Pendant la pandémie, des outils ont vu le jour ou/et ont été peaufinés : la technologie permet maintenant de dynamiser ces rencontres avec la possibilité d’échanger, d’interagir avec les autres, de télécharger du contenu, de poser des questions ou encore de répondre à un sondage en direct.

Dans la plupart des hôtels, l’ambiance n’est plus la même …
L’hôtellerie se divise majoritairement en deux catégories : les palaces hôtels comme ceux de la chaîne Mandarin Oriental, Four Seasons, etc. où il est possible d’offrir une distanciation sociale (et qui le font payer cher) et les hôtels à vivre pour de longs séjours comme Mama Shelter ou 25hours Hotel. Leur point commun est de disposer d’un label « hygiène », afin de tempérer la peur hygiéniste des voyageurs.

Aussi, les ouvertures ne se font plus dans les lieux uniquement prestigieux. Des quartiers autrefois ignorés sont recherchés, car « différents » et « vrais ».

On ne reconnaît pas toujours les services proposés. Fini la course au plus beau SPA (pourquoi traverser l’Europe pour effectuer un soin ???) et les buffets à volonté. Le plus visible est le petit-déjeuner, qui a retrouvé une taille raisonnable, sans Champagne et menu XL où de nombreuses assiettes remplies de victuailles repartaient pleines.

Dans les chambres, on ne trouve plus que deux oreillers, on peut déposer des livres et en trouver d’autres, dans une idée de partage. Les clients sont invités à utiliser le mini-bar non pas pour consommer mais pour donner de la nourriture et des objets qui seront ensuite offerts à des associations locales. La durabilité est au cœur de la stratégie des hôtels maintenant. Il est aussi devenu primordiale d’être parfaitement intégré dans le tissu local pour répondre aux attentes de clients toujours plus engagés qui aspirent à des expériences locales uniques.

Les espaces de réunion ont été redistribués pour permettre plus d’aisance et de distanciation entre les personnes.

Les DMC sont redevenus incontournables pour préparer les voyages, voyages qui ne sont plus uniquement une compilation de visites touristiques. Il faut plus que jamais faire preuve de créativité et parfaitement connaître son pays pour répondre aux besoins pointus des voyageurs. Comme les agences, ils peuvent se permettre des recherches plus approfondies, puisque rappelons-le, les appels d’offres sont rémunérés.

Ils sont de plus épaulés par les bureaux de représentation qui se sont fédérés et ont permis aux réceptifs de se concentrer sur leurs produits et moins sur le juridique ou les aspects commerciaux.

Aussi, les hôtels se focalisent sur leurs produits, cessent d’offrir des services qui concurrence ceux des DMC : chacun retrouve sa place.

Les néo touristes du MICE regardent avec amusement et effroi les expériences passées où il s’agissait plus d’accumuler des clichés que de découvrir une ville, un territoire, une culture.
Ainsi le voyage incentive revient à ses origines, celui d’une simplicité juste, au temps de l’aventure, d’échanges avec les locaux et de la recherche de nouvelles expériences.